—Vous êtes plus heureux que nous, Basil, mon brave et ingénu Basil! dit Christie en souriant.

—Comment cela?… que voulez-vous dire?… demanda le Forestier tout décontenancé.

—Oui, mon ami! vous avez des amours au désert… De grands yeux noirs, doux comme ceux d'une gazelle vous pleureront si vous mourez, vous souriront si vous reprenez connaissance après avoir été blessé, vous accompagneront si vous fuyez. Elle vous aime, vieil enfant!

—Ciel! croyez-vous? bégaya Basil en pâlissant.

—Eh! pourquoi pas? vous le méritez bien: il n'y a pas là de quoi trembler comme vous le faites.

—Oh!… oh!… oui!… non!… Les femmes sont d'étranges choses! je n'y connais rien, moi!

Le commandant ne put retenir un éclat de rire, pendant que Veghte s'éloignait la tête dans ses mains.

Hélas! amitiés, sourires, pensées d'amour, souvenirs, espérances, tout allait disparaître dans le sang et l'incendie.

Le sommeil ne visita pas les habitants du fort pendant cette nuit à la fois trop longue et trop courte; chacun veilla, se préparant à une mort héroïque.

CHAPITRE XII
LE DERNIER JOUR