Le 15 Juin 1764, la croix rouge de Saint Georges flottait encore sur le fort Presqu'île.
Mais avant que le soleil eût paru sur l'horizon, des hurlements affreux, des feux assourdissants de mousqueterie, et une invasion furieuse de deux cents démons rouges peints en guerre vint s'abattre sur la malheureuse citadelle.
Le grand jour, le jour suprême était arrivé!
A la première alerte, le commandant Christie et ses hommes abandonnèrent les ouvrages avancés pour se retirer dans la Block-House où il était utile de concentrer leurs forces: là, chacun prit avec sang-froid toutes ses dispositions pour opposer une résistance désespérée.
Les Indiens s'avançaient rapidement, protégés par les grands arbres et les accidents de terrain: ils lancèrent bientôt sur le fort une grêle de balles, de grenades incendiaires et de flèches enflammées. Chaque meurtrière, chaque interstice entre les troncs d'arbres servait de cible à un courant continu de balles; si, par intervalles, un assiégé hasardait sa tête à quelque embrasure pour donner un rapide coup d'œil au dehors, aussitôt vingt projectiles sifflaient autour d'elle; souvent le but était frappé, et la petite garnison comptait un défenseur de moins.
Il y avait un côté faible à la Block-House: le toit de son belvédère était construit en planches minces et sèches très-accessibles à la flamme; aussi prirent-elles feu tout d'abord. Avec la provision d'eau dont le réservoir était abondamment garni on éteignit plusieurs fois ces commencements d'incendie, mais on put bientôt prévoir le moment où l'élément destructeur ne pourrait plus être combattu.
Après plusieurs heures d'une lutte furieuse, les Indiens, toujours repoussés, eurent recours à une stratégie inquiétante. Roulant en amas énormes d'immenses troncs d'arbres très-proche de la forteresse, ils se construisirent sur trois points des redoutes fortifiées d'où ils pouvaient sans danger accabler les assiégés de leur mousqueterie.
Non contents de ce premier avantage, ils amoncelèrent des pierres, de façon à élever leurs postes au dessus des parapets du fort; par ce moyen, ils arrivaient à lancer sur les défenseurs un feu plongeant qui devait les foudroyer en peu d'instants, sans abri possible.
Plus d'un brave soldat pâlit à l'aspect de ce péril nouveau et inexorable: il ne restait plus qu'à mourir stoïquement en vendant chèrement sa vie.
Quand le réservoir d'eau fut vide, l'incendie recommença; la position n'était plus tenable. Il y avait bien un puits dans l'esplanade, mais on ne pouvait l'aborder sans courir à une mort certaine, le feu des Indiens sillonnait en tout sens cet espace découvert.