Il n'y avait plus qu'une ressource, c'était de creuser un puits dans la Block-House même. En conséquence, on défonça les planchers, et une partie de la garnison se mit à l'ouvrage. C'était un spectacle navrant de voir ces malheureux, noircis par la poudre, ruisselants d'une sueur sanglante, se courber sur le sol et le fouiller désespérément pendant que leurs compagnons continuaient le feu roulant de leurs décharges. Les canons de leurs fusils étaient devenus si chauds qu'ils brûlaient les mains des soldats et pouvaient à peine se manier.
Enveloppé par la fumée, inondé de transpiration, le désespoir dans l'âme, mais faisant bonne contenance, le commandant Christie se multipliait, ranimant ses hommes, prodiguant ses soins aux blessés, donnant à tous l'exemple d'un héroïque courage.
Le travail du puits, quoique poursuivi avec une activité surhumaine, semblait avancer bien lentement: Par intervalles une clameur s'élevait: «Le feu est au toit! Les madriers du belvédère brûlent!»
Alors quelque brave cœur se dévouait; on voyait un homme s'élancer au milieu des tourbillons de fumée, la hache à la main, pour couper les pièces de bois embrasées et circonscrire l'incendie. Souvent il n'arrivait pas au but; arrêté dans son élan par une balle, il retombait d'étage en étage et allait rouler jusque hors des parapets.
Les travailleurs du puits, accablés de fatigue, laissèrent tomber leurs outils avec découragement et reprirent leurs fusils. D'autres allèrent reprendre leur besogne et la continuèrent avec l'obstination machinale du désespoir.
Vingt fois l'incendie se ralluma sous une pluie de grenades et de flèches enflammées; vingt fois on parvint à l'éteindre en sacrifiant plusieurs vies précieuses.
Enfin un cri presque joyeux retentit des profondeurs de la fouille: «Voilà l'eau! Dieu soit loué!…»
Mais au même instant un autre cri lugubre lui servait d'écho: «Le feu! le feu est au toit! le feu est au belvédère!»
Il fallut ainsi soutenir jusqu'à la nuit ce double combat contre les hommes et contre l'élément destructeur.
Mais, au moment où les assiégés espéraient prendre quelques minutes d'un triste repos, la tempête de poudre et de feu surgit de nouveau; il fallut recommencer cette lutte insensée, cette agonie héroïque.