Les assaillants avaient reçu des renforts de troupes fraîches; elles prenaient la place de ceux qu'avaient lassés les assauts de la journée.
Au point du jour une effroyable détonation glaça d'effroi les plus hardis défenseurs du fort. Pendant l'obscurité l'ennemi avait pratiqué une mine; son explosion venait de faire sauter les ouvrages extérieurs de la citadelle.
Ce fut un instant horrible; des blocs énormes volèrent au loin, se tordant en l'air comme de gigantesques serpents de feu, puis ils retombèrent au milieu d'une grêle de débris fumants et d'étincelles tourbillonnantes; leur chute s'opéra à droite et à gauche avec de sinistres craquements, et tout rentra dans un morne silence.
Les assiégés restèrent un instant immobiles et stupéfaits sous cette pluie de cendres et de feu: mais revenant à eux aussitôt, ils recommencèrent la fusillade avec une fureur convulsive.
A leur grand étonnement, les assaillants répondirent à peine, et au lieu de s'approcher s'éloignèrent successivement à quelque distance.
La petite garnison sut bientôt à quoi s'en tenir sur ce calme inexplicable. Le géant Français qui, la nuit précédente, avait capturé Basil Veghte, se montra portant le drapeau blanc du parlementaire.
Il fit signe de la main qu'il voulait parler: aussitôt on cessa le feu, et on prêta l'oreille.
—Braves officiers et soldats! dit-il en mauvais Anglais; je désire épargner un sang précieux: je vous préviens qu'une nouvelle mine est pratiquée jusque sous les fondations de votre citadelle: une mêche allumée, un geste! et c'en est fait de vous! Capitulez; vous sortirez avec armes et bagages, vous conserverez votre drapeau!
Le commandant Christie ne répondit rien d'abord, et se retourna vers ses hommes pour prendre leur avis.
Ils étaient tous, serrés les uns contre les autres, se soutenant mutuellement pour ne pas tomber de fatigue et d'épuisement: les blessés se cramponnaient à leurs compagnons pour faire bonne contenance jusqu'à la mort.