Sur tous ces visages ruisselants de sueur et de sang, sillonnés par la poudre, le feu, les cendres brûlantes on lisait une sombre et implacable résolution.
Ils ne dirent pas un mot en réponse à la muette interrogation du commandant: chaque homme, le doigt sur la détente de son rifle, se tenait prêt à recommencer le feu.
Un frisson douloureux traversa l'officier… il ne lui restait plus que la mort ou l'humiliation à proposer à ses frères d'armes.
Il ne put parler: une grosse larme déborda de ses yeux et roula en un sillon livide sur ses joues pâles!
Le Français, qui s'était approché, avait pu suivre toutes les phases de cette muette angoisse. Avec la chevaleresque et loyale franchise de sa nation, il salua ces nobles débris de la garnison et reprit la parole:
—Je vous rends les honneurs de la guerre, braves Anglais; recevez le salut de Louis de Vegras, le neveu, le fils d'adoption de Montcalm: au nom de la France, au nom de mon général, je vous déclare que votre honneur est sauf. Capitulez, vous dis-je! abandonnez ce fort qui, dans quelques secondes, ne sera qu'un monceau de ruines.
Christie lui rendit tristement son salut et regarda de nouveau ses hommes: quelques blessés étaient morts, leurs mains crispées les retenaient suspendus aux vêtements de leurs camarades: plusieurs agonisaient, respirant à peine: les hommes valides se tenaient toujours prêts à faire feu.
Le commandant prit son épée par les deux bouts, la rompit sur son genou, en jeta les tronçons dans le feu; puis, d'une voix caverneuse, il jeta à la garnison le commandement suivant:
—Bas les armes! je vous ordonne de capituler.—Ma mort prochaine effacera, et Dieu me pardonnera cette honte, murmura-t-il à Veghte qui se tenait debout près de lui; je ne devais pourtant pas les sacrifier ainsi! mais je crois faire mon devoir.
Les soldats avaient exécuté son ordre.