—Nous sommes prêts, monsieur, dit-il au Français.
Celui-ci appela quelques-uns de ses compatriotes qui attendaient à distance. Ceux-ci accoururent et se rangèrent sur le passage des Anglais pour leur rendre les honneurs de la guerre.
L'évacuation du fort s'opéra avec ordre; la garnison emporta ses blessés et alla se former en bataillon carré sur le bord du Creek, à une assez grande distance du fort.
A peine s'étaient-ils arrêtés qu'une détonation foudroyante ébranla la terre et le lac; un nuage obscurcit l'horizon, une grêle de débris fumants couvrit le sol à la ronde.
Lorsque cet ouragan de feu se fut dissipé le fort Presqu'île avait disparu: à sa place, l'œil attristé ne voyait qu'un ravin noirâtre marbré de sang.
Quelques minutes s'écoulèrent dans un sombre silence; les Anglais se comptèrent, ils n'étaient plus que cinquante: c'était tout ce qui survivait d'une garnison de deux cents hommes.
Absorbés dans leur douleur et les tristes soins que réclamaient leurs blessures, les assiégés n'avaient pas pris garde que la troupe Indienne s'était insensiblement répandue autour d'eux; formant une galerie effrayante d'yeux noirs qui étincelaient dans les buissons.
Basil poussa soudain une exclamation, et tira si violemment Christie qu'il le renversa par terre avec lui:
—Garde à vous! murmura-t-il, nous sommes morts.
Deux cents coups de feu retentirent au même instant; une grêle de balles s'abattit sur tous les Anglais qui tombèrent foudroyés.