La meute indienne terminait le combat à sa manière, sans aucun souci des lois de la guerre, de l'honneur et de l'humanité.
Les Français poussèrent un grand cri de douleur et s'élancèrent pour protéger leurs vaillants adversaires.
Mais il était trop tard; quelques blessés s'agitaient dans les convulsions de l'agonie. Bientôt les derniers gémissements s'éteignirent: le Fort Presqu'île et son héroïque garnison avaient vécu.
—Race infernale! grommela le chef Français en montrant le poing aux Sauvages: si j'avais seulement ici un bataillon de mon régiment, vous me paieriez cela cher!
—Bast! dit Master Johnson en le rejoignant, c'est la loi du désert, c'est dans leur nature, vous n'y pourrez rien changer; ce qui est fait est fait.
Le Français lui jeta un regard hautain et méprisant, puis lui tourna le dos sans répondre.
En ce moment quelques sauvages, Balkblalk en tête, vinrent rôder autour des morts pour les scalper.
L'officier bondit sur le plus proche,—c'était Balkblalk,—le saisit dans sa main herculéenne et lui appuya sur la poitrine la pointe de son épée:
—Si une Peau-Rouge scalpe un mort, dit-il en langue indienne, Balkblalk sera tué!
Son énergique contenance en imposa à ses farouches alliés; ils se dispersèrent dans les bois après avoir pillé tout ce qu'ils purent découvrir dans les ruines de la citadelle. Ensuite, comme une horde de loups affamés, toute la bande se mit en quête d'un autre fort à détruire.