Les Français s'éloignèrent à leur tour, après avoir recouvert de quelques branchages les corps des Anglais.

La nuit vint, silencieuse, sombre, étendre ses voiles sur ce champ de mort et de ruines.

ÉPILOGUE

Par une belle journée d'automne, un chasseur américain longeait la rive septentrionale du lac Érié.

C'était Basil Veghte: il était seul, n'ayant rencontré aucun homme de sa couleur depuis plus d'une semaine. Il avait, au contraire, passé fort près de plusieurs campements de Peaux-Rouges: mais il s'était bien gardé d'en approcher, car dans le désert le sauvage et l'homme blanc étaient toujours d'implacables ennemis.

Le Forestier paraissait sérieux; évidemment il avait un grand poids sur l'esprit.

Debout sur le rivage, si près de l'eau que les lames venaient baigner ses pieds. L'œil rêveur, la tête légèrement inclinée, il regardait vaguement dans l'espace, d'un air absorbé et mélancolique.

Parfois il poussait un profond soupir, rejetait d'une main à l'autre son fusil sur lequel il s'appuyait, puis il se replongeait dans l'abîme de ses pensées.

—Peuh! dit-il enfin, l'existence ne vaut pas une peau de castor moisie! Depuis cette mauvaise journée où l'enseigne Christie et moi nous sommes échappés du milieu des morts, j'ai marché de solitude en désert, de regrets en ennuis… seul,… toujours seul!…—Quelquefois, par-ci par-là, un Indien… un sauvage ce n'est pas un homme, ça! vraiment, je m'ennuie du lac, des bois, de la terre et de l'eau. Le ciel me plaît mieux; j'aime sa couleur bleue, ses petits nuages roses; quand je regarde là-haut, j'y crois voir bien loin une bonne vieille figure qui me sourit,… la bonne vieille figure de ma mère:… Dieu la bénisse! Elle m'a bien soigné, bien aimé quand j'étais petit. Ah! si toutes les femmes étaient comme elle!—C'est un malheur pour moi d'avoir rencontré cette fille sauvage, cette Mariami! Je voudrais bien ne l'avoir jamais vue… je voudrais… Ah! je suis fou!

Et il se redressa avec impatience. Bientôt ses mélancoliques pensées lui revinrent, il continua de rêver tout haut.