Mille pensées inquiètes se pressèrent tumultueusement dans son esprit. Toutes ces aventures ne cachaient-elles pas quelque artifice perfide combiné pour le massacrer ou le faire prisonnier?… N'était-il pas possible que son mystérieux et impassible compagnon eût organisé cette trame diabolique?… Et sans courir aucun risque, quelque lâche ennemi ne pouvait-il pas précipiter Basil dans un gouffre inconnu?…
En une seconde tous ces soupçons tourbillonnèrent dans son esprit; Veghte se sentit mal à l'aise et écouta plus minutieusement que jamais. Un moment vint, où il s'imagina sentir la présence de plusieurs ennemis; il tourna l'oreille et l'œil dans toutes les directions pour sonder le ténébreux et impénétrable espace.
Puis, il fit quelques pas avec précaution: la voix s'éleva de nouveau; cette fois c'était une sorte de chant sourd et monotone que Veghte reconnut à l'instant.
—Dieu me bénisse! fit-il étonné; c'est le chant de mort. Je vois bien maintenant qu'il n'y a aucune trahison; mais il y a une créature en danger. Holà! qui est là?
Le chant continua comme si rien n'était venu l'interrompre. Pensant n'avoir pas été entendu, Basil réitéra son appel.
—Holà! hé! m'entendez-vous?
Sa voix dominant la tempête, alla se répercuter dans les échos endormis de la forêt: nul doute qu'elle n'eût été entendue.
—Rien n'arrête un Indien qui psalmodie son chant de mort! grommela Veghte avec impatience; voilà une Peau-Rouge encore plus obstinée que les autres.
Quelques pas le portèrent à côté de la femme qui se livrait à ce sépulcral exercice. D'abord, il ne distingua rien: peu à peu le large tronc d'un arbre se dessina dans les ténèbres, et devant lui une forme humaine qui s'y appuyait.
Basil s'avança et tâta avec les mains: cette investigation matérielle acheva de le renseigner.