—Allez-vous-en!

La surprise de Veghte fut telle qu'il ne put répondre tout d'abord.

—M'en aller! répliqua-t-il enfin: et pourquoi?… vous voulez donc que je vous abandonne?

—Allez-vous-en, répéta-t-elle avec une énergie croissante.

—Oui, n'est-ce pas? pour vous laisser geler à mort?

—Allez-vous-en!

—Eh, non! que je sois pendu si je fais un pas!

Un sentiment de méfiance s'éleva de nouveau dans l'esprit de Basil; il trouvait une expression offensante et suspecte dans les allures de cette fille, à laquelle il venait de sauver la vie. Tous ses soupçons lui revinrent, il enveloppa sa protégée d'un regard rude et investigateur destiné à la fouiller d'outre en outre.

Mais celle-ci, s'apercevant que les recommandations étaient inutiles, se renferma dans son silence, et lui lança un coup d'œil presque suppliant et si expressif que Basil en fut touché; ses méfiances s'évanouirent, il comprit qu'elle cherchait à lui faire éviter un danger sérieux.

Néanmoins ses aventures de la nuit l'avaient prédisposé à l'imprévu tout extraordinaire qu'il pût être; et, en résumé, Veghte ne connaissait pas la peur.