Il se pencha donc très près de l'Indienne et lui demanda à l'oreille:

—Parlez, mon enfant, dites sans crainte vos pensées. Il y a par ici des Peaux-Rouges sur ma piste. Quoique vous soyez de leur race, vous ne pouvez désirer ma perte, moi qui viens de vous sauver?…

—Allez-vous-en! allez-vous-en! reprit-elle en le regardant dans les yeux.

Mais, soit ignorance, soit obstination, elle ne dit pas d'autre parole.

—Vous laisserai-je donc là?

Apparemment elle ne comprit pas cette question: sans quoi elle y aurait répondu.

—Eh! bien! je pars, mais je vous emmène! dit-il soudain, en s'enfonçant avec elle dans les ténèbres.

Le feu, pendant ce temps, s'était presque éteint, et les derniers tisons ne jetaient plus qu'une fumée rougeâtre: tout disparut au milieu des sombres obscurités de la tempête.

Quand il vit que tout était noir autour de lui, Basil éprouva une certaine satisfaction: quels que fussent ses ennemis, Blancs ou Rouges, il se trouvait dans des conditions égales vis-à-vis d'eux; la nuit, l'ouragan, le désert étaient pour lui comme pour d'autres.

Tout en cheminant à pas précipités, il repassait et commentait dans son esprit les événements inouïs dont il était le héros. On peut croire que la question était au moins aussi grave et perplexe que son précédent problème sur les femmes. Mais ici, Basil était sur son terrain, il examina les choses sur toutes leurs faces avec une grande facilité d'esprit.—Une jeune Indienne se mourant de froid, au cœur du grand désert américain, par cette nuit d'horrible tempête;—cette même Indienne cherchant obstinément à éloigner son sauveur!