Veghte eut beau tourner et retourner cette énigme complexe; il n'y put rien comprendre.
Une préoccupation détourna l'honnête forestier de ses spéculations métaphysiques; il s'aperçut qu'il marchait parfaitement à l'aventure. Toute sa perspicacité sauvage lui devenait inutile au milieu des ténèbres palpables qui l'entouraient. A cette observation désobligeante s'en joignait une autre: Johnson n'avait nullement fait retentir sa carabine, ainsi qu'il avait été convenu entre eux. Et pourtant, l'excursion de Basil avait duré assez longtemps, pour que son mystérieux compagnon s'inquiétât de lui, et songeât à donner quelque signal.
A la fin, se sentant mal à l'aise, il prit le parti de faire feu, lui-même, à trois reprises différentes.
Rien ne lui répondit.
Cependant, comme il avait marché avec une précaution extrême, il se croyait certain de n'être pas loin de son premier campement.
—Ce coquin là doit pourtant m'avoir entendu! grommela-t-il; c'est un singulier compagnon, celui-là! et sa conduite me paraît louche. Je ne me fie que tout juste à son amitié, et si nous devons faire route ensemble, il faudra que je le fasse marcher. Impossible qu'il se soit endormi comme une brute!
Comme il parlait encore, une lueur fugitive, ou plutôt une ombre de lueur frappa ses yeux vigilants.
C'était son bienheureux foyer, dont il ne s'était guère détourné, dans sa course à tâtons.
Quelques secondes lui suffirent pour y arriver; il s'installa en jetant à Johnson un regard de travers.