Au moment où Johnson épaula son mousquet, les Sauvages se laissèrent tomber dans la neige, comme si le coup fût parti et les eût tous renversés.
—Ne faites pas feu! s'écria Basil, ce serait une balle perdue. Attendez qu'ils se relèvent.
Les Indiens, au lieu de rester immobiles dans la neige, avaient rampé agilement dans son épaisseur, et s'étaient considérablement rapprochés du rivage. Quand ils reparurent à la surface, Veghte poussa une exclamation de dépit, et força de rames: cependant le courant l'avait aidé dans ses efforts; si les Indiens avaient couru, le canot avait glissé sur l'eau, et s'était dirigé obliquement vers la rive opposée.
La bande sauvage se mit à le suivre, courant sur le bord, et poussant des hurlements atroces; en même temps les Peaux-Rouges ne cessaient pas de fusiller la frêle embarcation.
La situation n'était pas gaie. Stimulé par les observations de Basil, Johnson essaya de faire feu: mais ce fut inutilement, son fusil vacillait entre ses mains, soit parce que ses mains tremblaient de terreur, soit parce que l'agitation de la barque sur les flots se communiquait à tout ce qu'elle contenait. La balle alla soulever la neige fort loin du but. Cette maladresse fut accueillie par de nouvelles clameurs à la fois menaçantes et dérisoires.
Veghte perdit patience; il arracha le fusil à Johnson, lui jeta dédaigneusement l'aviron:
—Essayez si vous serez moins maladroit à ramer, lui dit-il; je vois bien que vous n'entendez rien au maniement du fusil.
Horace saisit la rame d'un air contrit et s'en servit avec une telle ardeur qu'au premier coup il faillit la rompre; au second la barque fut sur le point de sombrer.
Veghte lança un regard qui ne présageait rien de bon:
—Encore une maladresse de ce genre, lui dit-il, je vous casse la tête comme à un chien, et je vous jette aux poissons.