Les détonations se firent entendre au milieu du silence de la forêt, et nos deux héros purent voir cinq Peaux-Rouges leur courant sus avec une vitesse effrayante.
Il y avait lieu de se hâter: Veghte, quoique empêché par le canot dont Johnson lui avait abandonné toute la charge, arriva le premier à la partie courante de la rivière.
—Allons donc! sautez! tombez là dedans! ils arrivent comme une avalanche de démons. Baissez la tête, voilà un de ces vagabonds qui vous vise.
Johnson, l'homme au fier sourire, était démoralisé; sa frayeur était telle qu'il baissa, non seulement la tête, mais tout le corps, et alla choir éperdument au fond du canot les cheveux hérissés, la poitrine haletante.
Veghte avait saisi le long et flexible aviron; il le plongea vigoureusement dans l'eau et le manœuvra avec une telle ardeur que bientôt le léger esquif vola sur les flots clapotants.
Il était temps, les Indiens étaient sur le bord; et leurs balles sifflaient brutalement aux oreilles des fugitifs.
—Ah! il faut que ça finisse! s'écria Basil en déposant l'aviron pour prendre son fusil; en voici une qui m'a touché! et si l'affaire continue de cette façon, nous n'irons pas loin. Johnson, où est mon fusil? donnez-le moi.
Johnson fit son possible pour obéir, mais il tremblait si fort que le mousquet lui échappa; malgré les efforts désespérés de Veghte, l'arme chavira par-dessus le bord et disparut en un clin d'œil dans le gouffre liquide.
Il serait inutile et impossible de reproduire les interjections avec lesquelles le Forestier accueillit ce fâcheux contre-temps.
—Enfin! ajouta-t-il, montrez-vous donc bon à quelque chose: prenez votre fusil et faites-en usage.