—Ils ont l'habitude de les mettre sens dessus dessous, le long du rivage; reprit Veghte continuant ses investigations. Je pense que l'élévation de la carène apparaîtra comme une éminence sur la neige et nous en facilitera la trouvaille. Inspectez les environs, d'un œil perçant, Master Johnson; si vous découvrez quelque chose vous ferez une bonne action pour nous deux, car, je vous le jure, je suis fort embarrassé; et vous le savez, nous n'avons pas une minute à perdre.

Chacun d'eux se mit en quête avec une patience et une opiniâtreté de chat. Après des marches et contre-marches, Johnson signala un renflement de neige qui semblait annoncer l'objet tant désiré: mais c'était malheureusement sur l'autre rive; autant aurait valu ne rien voir.

—Non! non! répliqua Basil à une observation que fit Horace dans ce sens; non! ce que vous montrez là ne sera pas tout à fait inutile; ça me confirme dans l'idée que ces parages sont fréquentés par les Indiens.

A ces mots il se remit à fureter avec une nouvelle ardeur.

—Je vous le dis, Master Johnson! poursuivit-il, c'est plein d'Indiens par ici; il y aura des barques, n'en doutez pas. Le souvenir m'en revient maintenant; l'été dernier j'ai beaucoup voyagé dans ce territoire, à tous les pas je rencontrais des canots, et je m'en servais sans façon pour traverser la rivière. Si nous sommes de bons chasseurs nous dénicherons ce gibier là.

Tout à coup les yeux de Veghte brillèrent, il s'élança vers un bosquet de jeunes arbres, et, après un court examen, il poussa un cri de triomphe.

Johnson releva la tête, l'aperçut qui trépignait dans la neige comme un énergumène; il courut à lui et le trouva occupé à soulever le canot qu'ils placèrent aussitôt sur leurs têtes pour le porter à la rivière.

—Hein, que dites-vous de ça, Horace Johnson? s'écria Veghte au comble de la jubilation.

—Vous êtes un habile homme, camarade Basil!

—Heu! heu! ça m'arrive quelquefois. Ah! voici l'aviron.—Holà! holà! les Indiens, par le ciel! à l'eau! vite! vite!