—Il…—Ah! nous y voilà, interrompit Veghte en faisant un haut-le-corps pour franchir plusieurs arbres renversés; c'est bien comme je vous l'annonçais: glace au bord, vagues au milieu; et glace trop mince, trop fragile pour porter un homme, ajouta-t-il en rompant à coups de talons la croûte brillante, saupoudrée de neige.
Effectivement, tout le milieu du torrent, sur une largeur de plus de cent pieds, roulait avec rapidité ses flots verdâtres où se culbutaient de larges glaçons. Au premier coup d'œil il était visible que la navigation serait dangereuse, pour ne pas dire impossible.
—Ça va mal! grommela Veghte, après quelques minutes de contemplation muette, si nous voulons arriver au Fort Presqu'île, il faut absolument franchir ce scélérat de ruisseau: mais comment faire…?
—Holà! est-ce que vous songeriez à traverser ce cours d'eau?
—Il n'y a pas d'autre parti à prendre. J'aimerais mieux en faire le tour; mais vous conviendrez avec moi que ce serait un peu long.
—Il faudra construire un radeau, alors?
Veghte, sans rien répondre, regarda çà et là autour de lui d'un air inquiet, comme s'il eût été en quête de quelque chose.
—Que cherchez-vous? demanda Johnson.
—Il y a généralement beaucoup de Peaux-Rouges dans ces parages, si je pouvais mettre la main sur un de leurs canots, ce serait parfait: leurs embarcations sont construites pour des cas semblables; elles sont à la fois des traîneaux et des barques.
—Vous dites là une chose fort juste; mais la difficulté est de découvrir quelque chose, sous l'épaisseur de neige qui couvre tout: il y en a au moins quatre pieds.