—Impossible, camarade! ça ne se peut pas.

—Comment! y pensez-vous? Allons donc, Johnson; ces canailles vont nous fondre dessus, si nous ne décampons au plus vite. Et si vous tombez entre leurs mains, vous savez ce qui arrivera.

Basil compléta sa pensée par un geste expressif qui consista à faire tourner son doigt autour de sa chevelure.

—Ce sera malheureux, répondit Horace, mais je suis trop blessé pour pouvoir me remuer; prenez mon fusil et allez-vous en; sauvez-vous puisque vous le pouvez; laissez-moi.

Veghte le regarda pendant quelques instants d'un air indécis. Il ne pouvait se résoudre à l'abandonner.

Mais il fallait bien prendre une résolution: deux balles vinrent siffler à ses oreilles; les Indiens cherchaient sous la neige un canot, et semblaient sur le point de le trouver; le danger devenait pressant.

Johnson lui-même, sans s'effrayer de rester seul, lui renouvela l'invitation de partir et lui tendit de nouveau son fusil.

A la fin Veghte accepta; il prit l'arme et s'éloigna en disant:

—Adieu, vieux garçon! ayez bon courage; peut-être nous croiront-ils évadés tous deux, et ne vous inquiéteront-ils pas davantage.

Avant de quitter le canot, il avait eu soin de le tirer fort avant sur la glace, afin de le mettre le plus possible à l'abri des Indiens: sa conscience était donc tranquille à l'égard de l'homme qu'il abandonnait, et qui, après tout, loin d'être son ami, n'avait cessé de lui être suspect dès le premier moment.