Pendant environ deux minutes, l'Enseigne Christie fut complètement absorbé par le lancement difficile de plusieurs petits cailloux suspendus en équilibre sur le bout de son pied. Il se contenta de sourire, sans parler, ni relever la tête, au naïf axiome de son compagnon.
Ce dernier, toujours les yeux au guet, inspectait le Lac et ses rives comme s'il ne les avait jamais vus.
Tout à coup il poussa une exclamation.
—Commandant! jetez un regard sur ce rivage, là-bas, au couchant, et dites-moi si ce n'est pas un bateau qui s'avance. Oui, c'est un bateau, j'en suis sûr maintenant.
Christie regarda dans la direction indiquée, et répondit aussitôt:
—Oui, c'est un bateau, rempli de monde, et qui vient dans cette direction.
—Il y a deux embarcations, reprit vivement Basil: voyez-vous, une d'elles s'avance au large dans le lac; l'autre la suit. Ah! cette seconde passe devant, maintenant.
—Elles ne sont pas à plus d'un mille de distance, répondit Christie; à la manière dont les rameurs manient les avirons il est facile de voir qu'ils sont rudement fatigués, regardez comme les rames se lèvent et s'abaissent avec lenteur.
—Oui, probablement ils ont fait une longue journée.
—Qui croyez-vous que ce puisse être, Basil?