—C'est possible; mais dans ce cas, il y en a un ou deux qui n'ont pu se décider à être séparés de lui. Il était en compagnie d'un superbe couple d'Indiens, peints magnifiquement en guerre.

Veghte regarda le commandant dans les yeux, pour se convaincre que ses paroles étaient sérieuses.

—J'ai reconnu même un de ces sauvages, poursuivit l'officier; quant à l'autre, il ne me semble pas l'avoir jamais vu. Mais vous aussi, avez eu affaire avec l'un de ces guerriers du désert.

—Comment le nommez-vous?

—Balkblalk, ce gros vaurien d'Ottawa. Il est venu rôder souvent par ici, sous prétexte de chasse: j'en ai toujours eu méchante opinion.

—Johnson est en mauvaise compagnie, répliqua le Forestier; cet Ottawa est un drôle capable de faire tout, grand traître ami du mal fait dans l'ombre. Je suis sûr qu'il m'a tenu un jour au bout de son fusil et ne s'est pas gêné pour tirer; si j'ai échappé, c'est par un miracle de la bonté de Dieu. Je serais bien aise de le rencontrer sur mon chemin.

—Non; ce n'est pas le moment. Évitons tout conflit avec les Indiens, tout prétexte d'hostilité. Ils nous sont assez ennemis, il n'y a pas besoin de les exciter davantage.—Ce fut une étrange aventure, n'est-ce pas, Basil? poursuivit Christie après un instant de silence, que cette rencontre d'une fille Indienne au beau milieu d'une tempête, en plein désert, par une nuit noire de décembre?

—Oui! ç'a été le plus grand étonnement de ma vie. Ah! si j'avais été un malin, j'aurais approfondi la question: aujourd'hui je me repens de ne pas l'avoir fait.

—Qu'y auriez-vous gagné? Des coups de fusil probablement: on a toujours du désagrément à se mêler d'affaires de femmes.

—Les femmes sont de drôles de choses! répéta Veghte avec une mélancolie comique; je n'en saurais parler convenablement.