—Depuis, avez-vous eu des nouvelles de ce Johnson?
—Non. Le pauvre diable était bien bas quand je l'ai laissé; il était gravement blessé, les Indiens étaient sur ses talons, je ne sais trop comment il aura fait pour leur échapper; sa seule ressource aura été de sauter hors du canot et de se noyer pour ne pas tomber entre leurs mains.
—C'est bien lui qui était venu au fort plusieurs fois, dans le courant de l'été dernier?
—Oui, il est venu à diverses reprises.
—Eh bien! mon pauvre Basil, je l'ai revu l'autre jour, cet homme-là.
Le Forestier releva la tête avec une expression de surprise facile à comprendre. Christie lui adressa un paisible sourire.
—Oui! je l'ai vu, reprit-il, comme je vous vois en ce moment. Il n'était pas à cent pas de distance.
—Et où donc?
—Sur ce ruisseau même. J'étais allé à la chasse, vous vous en souvenez, mercredi dernier: j'avais remonté le cours d'eau sur un espace d'environ un demi-mille: tout à coup j'entends le bruit d'un canot courant sur l'eau; je me retourne à temps pour le voir passer, et pour distinguer parfaitement Master Johnson assis au gouvernail, avec le calme et la majesté d'un commodore.
—Ah! voilà qui est merveilleux! Je suis bien aise de cette nouvelle; car j'avais sur le cœur l'idée que cet homme avait péri malheureusement. Les Sauvages en auront eu pitié, l'auront soigné; il se sera ensuite arrangé de manière à leur glisser entre les mains.