—Ami!

Le forestier resta en garde. Au bout de quelques secondes, un homme sortant de l'ombre apparut dans le cercle de lumière qui formait l'auréole du brasier.

C'était un Européen de petite taille, mais trapu et de corpulence énorme. Il s'avança sans cérémonie vers le feu, époussetant la neige qui couvrait ses vêtements, mais sans faire le moindre salut à son hôte improvisé. Celui-ci, de son côté, quoique déposant tout air de méfiance, ne lui fit pas le moindre geste hospitalier.

—Voilà une vilaine nuit, et qui n'engage pas à la promenade? dit Veghte d'un ton interrogateur.

—Oui, répliqua l'autre stoïquement; et je me serais aussi bien attendu à trouver une comète dans le bois, qu'à y rencontrer un feu de campement.

—De mon côté je n'aurais pas supposé qu'un homme, sans y être forcé, s'amusât à courir les forêts, par ce temps-ci; et maintenant que nous sommes réunis, je parie bien qu'à cinquante milles à la ronde, il ne se trouve pas une Face-Pâle ou un Peau-Rouge disposé à franchir le seuil de sa porte.

—Ceci est pour moi une fort bonne aventure! reprit l'étranger en répondant moitié à ses propres pensées, moitié à celles de son interlocuteur.

En même temps il retira en arrière son capuchon, pour en expulser une vraie montagne de neige; puis, il compléta sa toilette par un trémoussement général identique à celui d'un chien qui se secoue.

—… Une fort bonne aventure! continua-t-il; nous sommes seuls dans le bois, c'est évident. Et je ruminais dans mon esprit la pensée de m'abriter tant bien que mal, lorsque j'ai aperçu votre feu; cette vue m'a donné un courage extraordinaire comme je n'en avais pas ressenti depuis longtemps.

Cependant Veghte l'observait d'un œil perçant qui semblait vouloir le perforer d'outre en outre; il épiait ses moindres mouvements et cherchait à y découvrir quelque nuance suspecte. Enfin, il laissa échapper la question qui était sur ses lèvres depuis le commencement de l'entrevue.