A ce moment, l'oreille exercée du chasseur saisit au vol le bruit d'une sourde détonation qui traversait l'air sur l'aile de la tempête.
—Ah! le canon du fort! Il est réveillé tard cette nuit: dans tous les cas, c'est marque que tout va bien, et je puis faire un bon somme. Depuis si longtemps que j'étais en route, je commençais à craindre de m'être égaré; mais ce petit mot d'amitié me fait voir que je me suis bien tiré d'affaire; me voici justement où je pensais être: tout va bien.
Notre homme tira méditativement quelques épaisses bouffées de sa pipe, et se dorlota pendant plusieurs minutes à la chaleur du feu. Après cette concession faite au far-niente, il tourna la tête et jeta autour de lui un regard investigateur qui cherchait à vaincre les ténèbres.
—Bah! il n'y a personne dehors par une nuit semblable, reprit-il en présentant son dos à la flamme bienfaisante; Pontiac lui-même ne me dépisterait pas; et je suppose qu'il n'aurait pas même la tentation de venir rôder autour de moi, quand il saurait où je suis… Pourtant le vieux drôle aimerait mettre la main sur moi.
Basil se sourit à lui-même avec une nuance de satisfaction orgueilleuse.
—A tout hasard, voyons un peu comment se porte Doux-Amour, continua-t-il en prenant son fusil pour l'examiner.
—Ça me fait penser à la nuit, toute pareille, ma foi! et sur ce même chemin, où Wilkins et moi nous fûmes bloqués dans les bois par les Indiens.—Pauvre Wilkins! je fis un plongeon dans la neige!… moi je m'en tirai avec un double trou dans mes guêtres; quant à lui, il fut tué sans y avoir songé.
Sur ce propos, Veghte regarda encore autour de lui; il se disposait à se rasseoir, lorsqu'un bruit furtif dans le bois le fit tressaillir.
Il s'adossa dans une anfractuosité de l'arbre, épaula son fusil et cria:
—Qui va là?