—Voilà tout ce qui me reste de mes quatre-vingt seize hommes, dit le lieutenant, nous avons quitté le fort Niagara le trente mai, et nous nous sommes traînés comme nous avons pu, tout le long des rivages nord du Lac Érié, nous dirigeant vers le fort Détroit.
—Pourquoi preniez-vous cette direction?
—N'avez-vous pas appris que Pontiac a commencé le mois dernier à assiéger cette place?
—Non, en vérité; mais je soupçonnais que tout n'était pas au mieux pour le major Gladwyn.
—Oh! sa position est presque désespérée. Il est serré de près par des forces énormément supérieures: je le crois perdu avec sa garnison.
—Vous croyez?
—Mon Dieu, oui. Un courrier est venu nous apporter un pressant message pour nous demander des renforts en hommes et en munitions: Nous sommes partis aussi vite que possible. Mais nous ne pouvons plus essayer de rejoindre le major Gladwyn, car, après le désastre que nous venons d'éprouver, ce serait marcher à une destruction certaine.
—Je suis bien désireux d'entendre votre récit lieutenant; mais ne voudriez-vous pas accepter quelques rafraîchissements, vous semblez épuisé?
—Je vous remercie, tout-à-l'heure.—Après plusieurs jours de marche, nous sommes arrivés à la Pointe au Pelé, près de l'embouchure de la rivière Détroit, où nous pensions trouver un lieu favorable de débarquement. Une fois sur les lieux, nous les avons soigneusement explorés en tout sens pour nous assurer des indices qui auraient pu révéler la présence des Indiens. Nous ne pûmes rien découvrir: il n'apparaissait pas l'ombre d'un danger.
—Signe certain qu'il y avait quelque désastre dans le vent; grommela Basil.