Pour compléter les détails relatifs à cet épisode, nous ferons connaître au lecteur le sort des trois embarcations et des hommes capturés par les Indiens.
«Les malheureux» dit Parkmann dans son histoire de la vie de Pontiac «furent entraînés au camp du chef, près de la rivière Détroit: là, on les massacra de la façon la plus révoltante; après les avoir brûlés vifs, on les coupa en morceaux, et, pendant plusieurs jours, la garnison consternée du fort, put voir flotter sur la rivière des débris humains, des têtes, des bras, des jambes, des troncs calcinés et tailladés, que se disputait la voracité des poissons.»
CHAPITRE VII
RÉSURRECTION D'UN VIVANT
La visite du lieutenant Cuyler eut au moins ce bon résultat qu'elle fut un avertissement salutaire pour l'enseigne Christie et sa garnison, d'avoir à se tenir sur leurs gardes; en même temps elle leur fit connaître des événements très-importants qu'ils ignoraient.
Ce fut pour eux un trait de lumière qui les éclaira sur la conspiration gigantesque ourdie par Pontiac, et sur le danger imminent qui menaçait les garnisons isolées dans le désert. En effet, ces corps détachés, perdus à des centaines de milles au fond des bois, pouvaient être assaillis facilement par des nuées de sauvages; une fois bloqués dans leurs citadelles rustiques, ce n'était plus pour eux qu'une affaire de temps; tôt ou tard il fallait succomber.
Christie, à la tournure que prenaient les choses s'attendait parfaitement à voir arriver son tour. C'était un noble et vaillant homme de guerre, incapable de faiblir, disposé à se faire hacher en morceaux plutôt que de céder aux Indiens un pouce de terrain. Il se tenait merveilleusement sur ses gardes; il avait su animer ses hommes de son souffle courageux; chacun autour de lui était prêt à combattre jusqu'au dernier rayon d'espoir, jusqu'au dernier souffle de vie.
Le seul point qui le tînt en peine, était la faiblesse de la citadelle au point de vue de l'emplacement. Il savait trop bien que les Sauvages, qui d'ailleurs se perfectionnaient tous les jours dans l'art de la guerre, sauraient parfaitement profiter de tous les avantages du terrain pour s'abriter; et que, derrière les terrassements naturels qui dominaient le fort, ils pourraient braver une grêle de balles, tout en accablant les assiégés d'une fusillade meurtrière.
Le lendemain du départ de Cuyler, l'Enseigne Christie était debout sur l'extrême pointe de la presqu'île, considérablement occupé à lancer des petits cailloux avec la pointe de son pied, et à méditer sur les obscurités de l'avenir.
Il faisait une de ces splendides matinées comme le ciel se plaît fréquemment à en accorder aux contrées placées sous cette latitude. En tout autre temps, le commandant du fort se serait senti léger et joyeux; mais, ce jour là, son esprit était oppressé par une sorte de pressentiment vague et sinistre, qui peu à peu l'enveloppa comme d'un brouillard de mélancolie.
Un bruit de pas légers frappa son oreille; il se retourna et aperçut Basil Veghte qui s'approchait.