—Ciel! est-il possible?

—Mon Dieu oui! il a disparu, et je vous l'annonce, votre poste ne tardera pas à subir le même sort.

—Parlez-vous sérieusement, lieutenant?

—Malheureusement oui. Quelle est la bande Indienne qui résistera à la tentation de vous attaquer, ayant devant les yeux de semblables précédents? Voyez, d'ailleurs, ce côteau d'où sort votre ruisseau, voyez le bord du Lac! Nos ennemis peuvent-ils désirer mieux pour avoir sur nous tous les avantages?

—Je reconnais que ce fort a été établi d'une façon aussi misérable et inintelligente qu'incompréhensible. Mais, avant de détruire les murailles, il faudra anéantir la garnison.

—C'est possible: néanmoins souvenez-vous de mes paroles, votre fort tombera; il n'est pas au pouvoir des forces humaines de prévenir ce désastre. Mon intention n'est pas de vous effrayer, je vous avertis, c'est mon devoir.

—Oh! vous ne m'effrayez pas, répondit Christie avec un triste sourire; il y a ici des bras robustes et des cœurs inébranlables; nous nous ensevelirons sous les ruines plutôt que de reculer.

—Je n'en doute pas; pourtant, je persiste dans mon opinion. Cet archi-diable de Pontiac a soulevé toutes les peuplades indiennes, les plus épouvantables périls sont suspendus sur nos têtes. Et maintenant, mon cher Enseigne, j'accepterai volontiers votre bienveillante hospitalité.

On rentra dans le fort, où tous les efforts furent mis en œuvre pour réconforter les pauvres fugitifs autant que le permettaient les circonstances.

Le lendemain ils se remirent en route dans la direction de Niagara, pour porter à leur chef la nouvelle du désastre qu'ils avaient essuyé.