Cette déclaration, outre son cachet indiscutable de vérité, portait en elle une franchise et une spontanéité qui déconcertèrent un peu Christie et Veghte. En outre, Master Johnson avait une telle apparence de bonne humeur, sa grosse figure était si ouverte, que les soupçons s'évanouissaient d'eux-mêmes rien qu'à le regarder.

—Quand je vous laissai, l'hiver dernier, remarqua Basil, toujours en méfiance, je pensais bien ne plus vous revoir en ce monde.

—Ma foi! riposta Johnson, de mon côté je pensais ne rencontrer jamais, ni vous ni personne à l'avenir. Je crois bien n'avoir jamais vu la mort de si près.

—Comment vous êtes-vous échappé?

Échappé, n'est pas le mot: vous savez dans quelle position j'étais! je fis aux Sauvages signe de calmer leur feu, leur annonçant que je me rendais prisonnier. J'avais peu d'espoir d'être aperçu, pourtant ils eurent l'air d'avoir remarqué mes gestes; un Indien vint jusqu'à moi, un peu sur la glace, un peu en nageant, et ramena le canot à la rive opposée; alors, tous les compagnons s'y embarquèrent à leur tour, et nous suivîmes le courant jusqu'à leur village. Là, ils me donnèrent des soins dont j'avais un besoin effrayant, il faut en convenir.

Cette histoire parut bien un peu surprenante à Basil qui se connaissait en Sauvages, et savait qu'ils ne montraient pas souvent une pareille mansuétude à leurs prisonniers.

Néanmoins il voulut pousser plus loin la conversation.

—Avez-vous réussi promptement à vous échapper? demanda-t-il.

—Pas trop tôt, je ne suis libre que depuis un mois environ.

—Et quelles ont été les circonstances de votre évasion?