Les Français et les Indiens après une heure et demie consumée en recherches infructueuses, regagnèrent leur poste d'observation au milieu du lac, sans avoir pu comprendre par quel moyen extraordinaire le fugitif leur avait échappé.
L'expédient de Veghte était fort simple, mais périlleux et hardi: en voyant arriver impétueusement la grande barque, il avait parfaitement compris que tous ses efforts étaient vains, et qu'il allait infailliblement être pris, fusillé ou coulé bas.
En conséquence, s'allongeant comme une anguille sur le plat bord de son esquif, il le fit pencher du côté opposé aux assaillants, se laissa couler dans l'eau, et plongea avec une telle vigueur qu'il alla toucher le fond.
Quand il revint à la surface, il aventura un œil seulement hors de l'eau et regarda autour de lui, tout en reprenant haleine. Justement à cette seconde, la grande barque passait avec une vélocité furieuse, décrivant ses spirales comme un oiseau de proie, et faisant écumer l'eau sur sa route.
Un pied plus près, le Forestier aurait eu la tête fendue par la carène de l'embarcation: mais il avait de la chance, en cette nuit mémorable, le danger même devint son salut; il disparut dans le bouillonnement des vagues; d'ailleurs, ses adversaires n'eurent pas l'idée de le chercher dans le sillage de leur barque.
Quant à lui, sans se troubler, il se cramponna à un petit gouvernail dont on ne faisait pas usage lorsque la barque était pourvue de ses rameurs au complet: par ce moyen, Basil se fit traîner à la remorque. A ce procédé hardi de sauvetage, il trouva le double bénéfice de se reposer et d'être conduit à toute vitesse vers le bord.
En effet, lorsque la croisière des Français le long du rivage fut terminée, Veghte se détacha de leur embarcation, et se laissa flotter comme une épave jusqu'à terre.
Néanmoins, avec sa prudence ordinaire, il se laissa aller à la dérive, entre les joncs, l'espace d'un demi-mille, avant de se montrer. En outre, après avoir rampé sous les broussailles du rivage, il ne se hasarda à reprendre la position verticale qu'après avoir longuement regardé du côté du lac, et écouté les moindres bruits des environs.
Lors donc qu'il se fut assuré qu'il n'avait rien à craindre de l'embarcation, et que, sur terre, tout était solitaire et silencieux autour de lui, Basil se redressa avec un soupir de soulagement.
—Ouf! je l'ai échappé belle! murmura-t-il en s'apprêtant à secouer l'eau dont il ruisselait.