—Ça ne vous regarde pas, l'ami! fit rudement le gros Français sans bouger de l'épaisseur d'un cheveu. Vous n'avez rien à faire de ce côté-là.

—Quel côté, voulez-vous dire? demanda Veghte d'un ton rogue, car il était furieux de voir ses espérances déçues.

Le géant se mit à rire paisiblement:

—Je vous entends, je vous comprends, mon petit ami, répliqua-t-il; on ne peut vous blâmer d'avoir en tête une petite escapade: seulement je suis désolé de vous dire que c'est impossible. Vous êtes attendu quelque part d'ici à peu de jours.

Le ton sur lequel furent dit ces mots était plus significatif que les gestes les plus énergiques. Cela voulait dire bien des choses!… Malgré l'humeur bourrue dont son compagnon semblait doué, Veghte essaya de le faire causer.

—Pourquoi m'avez-vous guetté si longtemps, cette nuit? lui demanda-t-il.

Un ricanement dédaigneux accueillit cette question bizarre.

—Farceur! répondit le géant; voilà un mot que je retiens! Pourquoi je vous ai guetté?… Demandez-moi donc aussi pourquoi on fait des prisonniers en temps de guerre? Je vous ai mis la main dessus parce que ça me convenait: voilà!

—C'est justement ce que je pensais; mais je n'étais pas parfaitement sûr: Enfin, répondez-moi, ne m'avez-vous pas poursuivi plus qu'un autre, et d'une façon toute spéciale?

Le gros Français se donna encore le plaisir de rire à gorge déployée; quand il eut repris son sérieux, il répondit: