—Vous êtes curieux, mon petit; cependant je suppose que vous vous connaissez vous-même; vous savez très bien que vos tripotages avec les Anglais ont fait de vous un personnage de renom. Hé! hé! vous vous êtes montré dans cette guerre! Quel malheur que vous ne soyez pas du bon côté!
—Ah! justement! c'est dommage… pour vous autres!
—Ne discutons pas là-dessus; ce seraient des paroles perdues. Je parie que si on vous avait offert d'être un de nos généraux, vous auriez accepté… hein? Soyez franc!… En supposant que vous eussiez la capacité voulue.
—Bah! est-ce que j'ai jamais songé à être général?
—Personne ne vous dit cela; je fais une supposition et je dis que vous avez fait pour votre parti autant et plus qu'un général. En conséquence, ce sera pour nous une fort bonne affaire que de vous mettre à l'ombre pour le moment, et pour vos amis ce sera une vraie perte.
Cette réponse fut faite sur un ton significatif qui donna beaucoup à réfléchir au prisonnier. Il regarda fixement le Français pendant quelques minutes; puis il lui dit:
—Vous pourriez bien avoir raison: votre intention est d'attaquer Presqu'île?
—De qui parlez-vous?
—De vous autres, Français et Indiens; car vous êtes ensemble pour cette guerre.
—C'est une grave erreur. Je sais bien que les Anglais ont toujours cherché à compromettre la France dans cette affaire. Mais la guerre actuelle est l'œuvre exclusive de Pontiac, le grand chef Ottawa.