—La ruine de tous les forts qui avoisinent le lac parle pourtant quelque peu en sa faveur.
—Ils ne sont pas tous par terre, riposta Basil d'un ton bourru; vous ne serez jamais certain qu'ils soient tous abattus.
Durant cette conversation, le Forestier remarqua avec un frisson de plaisir qu'on s'engageait dans le sombre défilé sous lequel coulait le ruisseau. Ce passage était si étroit que chaque rameur pouvait toucher la rive avec son aviron.
Il observa en outre qu'en entrant dans les broussailles ses compagnons manifestaient un certain malaise, comme si les événements leur paraissaient prendre mauvaise tournure.
Le Forestier, tous les muscles tendus, l'œil et l'oreille au guet, n'attendait que l'occasion pour n'éveiller aucun soupçon; il entretenait de son mieux la causerie.
Un moment vint où les lianes entrelacées, les ronces, les rameaux, les épines, les feuillages entortillés avec une vraie furie végétale, s'opposèrent au passage de telle manière que chaque tête dut y faire son trou.
Tout-à-coup, au milieu de l'obscurité profonde, le Français sentit une légère secousse sur le canot, entrevit un reflet furtif dans l'eau; aussitôt il chercha le prisonnier de la main et des yeux: sa place était vide!
Le géant poussa un rugissement furieux, fit sur le champ retourner en arrière, et, les pistolets au poing, prêts à faire feu, se mit en quête du hardi fugitif.
CHAPITRE X
ÉVASION
Le Français, penché sur l'avant du bateau, sondait des yeux les ténèbres, et, s'attendant à chaque instant à découvrir sur l'eau la tête de Basil, se préparait à lui loger une balle dans la cervelle.