La foule reporta alors son attention sur Carnes qui avait repris connaissance. Quelques motions furent hasardées, tendant à le remettre aux mains de la justice: mais le plus grand nombre rejeta cet adoucissement, et opina pour une exécution sommaire. Qu'était-il besoin de prendre tant de ménagements avec un coquin pareil? les voies les plus expéditives seraient les meilleures!
L'exaltation féroce de la multitude se ralluma; les propos pacifiques ne servirent qu'à l'attiser; on eût dit de l'huile sur le feu.
Pourtant, quelques citoyens honnêtes firent de vigoureuses représentations:
—C'est une honte! disait un médecin qui s'était introduit jusqu'au premier rang; oui, une honte de maltraiter ainsi une créature humaine en pareil état. Voyez ses blessures, son bras cassé! vous ne pendrez pas cet homme, si je puis l'empêcher.
—Eh! il mourra plus facilement! répondit une voix railleuse.
—Malheureux! êtes-vous donc des sauvages, ou des bêtes fauves? s'écria le médecin.
—Nous sommes des Vengeurs! hurla la foule.
Un des assistants touché de pitié coupa la corde et s'en alla.
—Bien! vociféra l'assemblée, s'il ne peut être pendu on le noiera! La rivière n'est pas loin.
Au même instant, Carnes fut enlevé par vingt bras robustes et porté vers le fleuve. Lorsqu'on fut arrivé à moitié chemin, on le déposa à terre et on le força de marcher jusqu'au rivage. Là on le jeta dans un mauvais bateau que douze nageurs poussèrent jusqu'au milieu du fleuve: puis ils le renversèrent par une brusque secousse et mirent ainsi fin à l'agonie du misérable.