—Bonjour, chère Alice, dit le jeune homme.
—C'est vous, M. Allen! je suis bien heureuse de vous voir. Il y a bien longtemps que vous n'aviez paru.
—Je n'étais point coupable d'oubli, chère! Il a fallu d'impérieuses nécessités pour me retenir ainsi éloigné de vous.
Allen poussa un soupir et se pencha vers elle:
—Votre résolution est toujours la même, Alice?
—Mon devoir est d'obéir aux désirs de mon père.
—Mais, maintenant qu'il a quitté cette terre, n'êtes-vous pas dégagée des liens de l'obéissance, surtout lorsqu'elle tend à causer votre malheur? êtes-vous sûre, d'ailleurs, qu'aujourd'hui il persisterait dans ses volontés? qu'il s'opposerait à notre union?
—Un sentiment secret me dit que j'agis suivant ses intentions, répondit la jeune fille en soupirant à son tour d'une façon qui démentait un peu ses paroles.
Allen se prit la tête dans les mains avec un mouvement de désespoir:
—Très-chère Alice, dit-il d'un ton exalté, je crois inutile de faire assaut de paroles avec vous, car votre persistance inexplicable dans une résolution qui nous afflige tous deux, me paraît être une sorte de monomanie inquiétante. J'en attribue la cause aux épreuves que vous avez subies, aux défaillances de votre organisation trop impressionnable. Mais je ne puis supporter en silence de vous voir ainsi sacrifiée à une fausse et maladive interprétation de vos devoirs: il n'est pas un homme de cœur, Alice, qui ne pensât et n'agît comme moi: permettez-moi de vous le dire, si la noblesse et la pureté angélique de vos pensées excite mon admiration, votre résignation aveugle, fatale, excite ma pitié et me désole! Pardonnez-moi, Alice, je n'ai pu me taire! Ce que je viens de dire vous a-t-il paru excessif?