—Non, M. Allen, répondit tristement Alice, vous ne m'avez ni surprise ni offensée. Je suis très-sensible à l'opinion d'autrui, et c'est là une de mes plus dures épreuves. Il ne me paraît pas étrange qu'on ne me comprenne pas.—Non, on ne me comprend pas.
—Vous croyez donc que je ne vous comprends pas, moi? demanda Allen avec une certaine émotion.
—Cher M. Allen il vous est impossible de savoir toutes les pensées d'une pauvre enfant comme moi: j'ai mes idées, mes opinions qui restent incomprises, ignorées par tout le monde, même par vous.
—Dites-moi donc, jeune lady, les motifs du refus que vous opposez à ce gentleman, interrompit une voix grave mais bienveillante.
Les deux amoureux eurent un tressaillement de surprise et de confusion, en apercevant Mallet et un autre gentleman qu'Allen reconnut sur-le-champ quoiqu'il ne l'eût vu qu'une fois.
—Pardonnez ma brusque arrivée, miss Newcome, continua le nouveau venu. Excusez-moi M. Allen—c'est votre nom, je crois;—mais je remplis, à cette heure, une mission qui ne souffre aucun retard. M. Mallet pourra vous expliquer plus au long ce dont il s'agit; quant à moi, je me bornerai à vous dire que je viens prendre en main la tutelle de cette jeune personne et le débarrasser de cette charge.
Ici M. Mallet ne put réprimer une grimace de dépit.
—Ma nièce veut-elle accepter la protection de son oncle? poursuivit l'étranger en prenant affectueusement la main de la jeune fille.
—Oh! oui, je le déclare! dit vivement mistress Wyman qui, au bruit de ces voix nouvelles, intervenait avec une lampe.
—Comment allez-vous, madame? lui demanda l'étranger. Vous ne m'avez pas oubliée ce que je vois, bien que je vous aie apparu, puis, que j'aie disparu d'une façon mystérieuse pour laquelle je vous offre toutes mes excuses. Mais, comme dit mademoiselle ma nièce, on a quelquefois des raisons que tout le monde ne connaît point, ha! ha!