—C'est cela; et l'orage sera passé d'ici à l'heure du dîner: Ed n'a presque rien mangé ce matin; or, la faim est un puissant réactif pour amener l'ennemi à composition, répondit Doc philosophiquement.
—Eh bien! adieu mes amis, il faut que je parte, dit Flag en se levant et faisant ses préparatifs: Ayez soin de vous, Doc; prenez bien garde que Ed ne nous fasse aucune cuisine d'ici à quinze jours; il nous empoisonnerait pour tout de bon.
A ces mots, le jeune arpenteur tourna les talons et s'éloigna en sifflant.
—Flag est un bon garçon, observa Doc; ce serait dommage qu'il ne réussît pas.
CHAPITRE III
UNE TRAGÉDIE DANS LES BOIS
Les splendeurs joyeuses d'une belle matinée printanière semblaient avoir donné à toute chose une vie et une animation particulières. Partout, dans les bois, retentissaient le chant des oiseaux, le murmure des insectes, l'harmonie charmante et inexprimable de ces mille petites voix confuses qui se réunissent pour former l'hymne grandiose de la nature heureuse dans sa solitude. Dans les clairières on voyait çà et là, folâtrer gracieusement les jeunes loups des prairies, glisser de monstrueux serpents roulés en anneaux étincelants, voler des papillons, courir des écureuils aux branches les plus aériennes des arbres.
Henry Edwards et Frédéric Allen (Doc et Squire du précédent chapitre) ne pouvaient contenir leur admiration à l'aspect du ravissant spectacle qui émerveillait à chaque pas leurs regards.
Leur route côtoyait les bois des collines, en suivant un sentier qui séparait la prairie des régions boisées: d'un côté ondulait l'Océan de la verte plaine; de l'autre, la forêt profonde, comme une toison luxuriante, couvrait à perte de vue les croupes fuyantes des collines dont les pentes douces descendaient jusqu'au Missouri. Par intervalles quelques longues avenues livraient passage aux regards, et dans le fond lumineux de ces voûtes ombreuses, on voyait scintiller les flots majestueux du Père des Eaux.