Un ciel dont l'azur sans tache annonçait une atmosphère pure, un soleil radieux, dans l'air et sur la terre les effluves balsamiques du jeune printemps, le bonheur de vivre, la force, la santé, le courage, l'espoir, tout souriait aux jeunes voyageurs.

La hache sur leurs robustes épaules, alertes, gais, heureux, ils cheminaient enchantant, parlant et riant.

O verte jeunesse! sourire de la vie! fleur de l'existence! que ton âme reste joyeuse! ton soleil brillant! ton ciel sans nuages!...

Et pourtant, par cette douce matinée, il y avait une jeune et charmante créature qui «ployait tristement la tête sous le fardeau de la vie.» Après avoir préparé le repas de son père, et mis tout en ordre dans sa pauvre cabane, Alice était sortie à pas lents avec une corbeille pour cueillir les fraises qui, par millions, tapissaient le sol humide des bois.

Elle était, au milieu de ce paysage enchanteur, une ravissante apparition, avec son blanc chapeau de paille que débordaient de partout les boucles soyeuses de ses cheveux blonds, son châle écarlate croisé sur la poitrine et noué derrière la taille, sa robe gris-perle flottant au gré de la brise matinale.

Doc et Squire, en l'apercevant au sortir d'un bosquet, ne purent retenir une exclamation admirative; leurs regards la suivirent avec une sympathie facile à concevoir. Ils ne songeaient déjà plus qu'ils étaient partis pour aller disputer, pied à pied, leur territoire à son père.

Alice Newcome leur était personnellement inconnue, mais sa réputation de beauté, bien répandue parmi les settlers, était depuis longtemps parvenue jusqu'à eux. Il leur suffit d'un coup d'œil pour deviner qu'elle était cette charmante glaneuse de fraises, près de laquelle ils allaient passer.

Les deux jeunes gens lui adressèrent un respectueux salut, mais continuèrent leur route en ralentissant le pas et se creusant la tête pour trouver quelque bon prétexte qui leur permît de lui adresser la parole.

De son côté, Alice leur avait adressé un timide regard, mais sans coquetterie. Elle ignorait tout artifice, la naïve enfant; ses beaux yeux, limpides comme l'azur, reflétaient son âme pure, franche, loyale.

A peine les voyageurs eurent-ils fait quelques pas, qu'un cri de terreur se fit entendre: c'était la jeune fille qui l'avait poussé. Ils revinrent en toute hâte vers elle, et la trouvèrent immobile et comme pétrifiée par la terreur, les yeux fixés sur un grand buisson tout proche.