—Je le déclare, s'écria mistress Wyman avec emphase, lorsqu'Allen fut parti; je n'ai jamais vu un jeune homme ayant meilleur cœur; il me rappelle mon pauvre cher fils que nous avons perdu.
Une mère ne pouvait décerner un plus flatteur éloge qu'en proclamant la ressemblance d'Allen avec son enfant adoré.
CHAPITRE VIII
TEMPÊTES INTÉRIEURES
Le Comptoir de la Cie d'Hudson était situé à environ un mille de Fairview, sur les confins intérieurs du claim de Newcome. L'emplacement était admirable, et occupait une des stations les plus pittoresques de la rivière: adossée au flanc d'une colline boisée, protégée contre les inondations par des enrochements naturels, cette maison, importante pour toute la contrée, représentait le monument le plus estimé de la colonie.
On avait fort habilement choisi un site qui tenait le milieu entre la région habitée et la région sauvage; on avait conservé les grands bouquets de ronces, de vignes sauvages, de sapins touffus qui bordaient la rivière, en groupes irréguliers. Au milieu de cette nature luxuriante et solitaire serpentaient des sentiers isolés, mystérieux, qui conduisaient à la rivière, à la plaine ou à la montagne, au choix des voyageurs.
Cet état des lieux plaisait aux trappeurs Indiens ou sang-mêlés qui venaient pour trafiquer de leurs fourrures ou de leurs venaisons. Cependant les allées et venues de ces hôtes errants de la prairie n'étaient plus, à beaucoup près, aussi fréquentes que par le passé; les races rouges du désert ayant été successivement refoulées par les invasions successives de la race blanche. Par intervalles, seulement, on voyait glisser comme des fantômes silencieux, le chef Indien, drapé dans sa couverture, ou la squaw à peine protégée par un étroit vêtement de calicot fané.
Au Comptoir également, tout était calme et inoccupé; on aurait dit une ferme des frontières. L'agent de la Cie et quelques Indiens ou demi-sang apprivoisés composaient tout le personnel de cet établissement.
L'édifice particulièrement occupé par l'agent formait un bâtiment en troncs d'arbres, plus long que large, couvert d'un immense toit à une seule pente, tout badigeonné de blanc. A chaque étage un grand balcon extérieur; au rez-de-chaussée un promenoir couvert, tels étaient les ornements apparents de cette habitation qui était en tout point conforme au style adopté dans les Settlements français du Sud.