L'unique sentiment éprouvé par Newcome fut le désir de s'en débarrasser; «les pleurnicheries» l'ennuyaient. Il se mit à arpenter la chambre avec humeur et ferraillant avec ses chaînes.

Tout à coup le shériff ouvrit la porte et annonça un nouveau visiteur. Sans même savoir de qui il s'agissait, Newcome le fit introduire: c'était une diversion extrêmement opportune.

—Relevez-vous! sotte créature! dit-il à sa fille, et soyez convenable.

Allen était déjà entré, jugeant d'un coup d'œil la triste situation. Il devina tout, comprit qu'il arrivait trop tard, et faillit laisser éclater son indignation. Pourtant il se contint et adressa la parole au prisonnier, comme s'il n'eût rien vu, comme s'ils eussent été entièrement seuls.

—M. Newcome, lui dit-il d'une voix ferme, j'ai désiré vous voir pour obtenir votre consentement à mes fiançailles avec votre fille: je l'aime, et je crois que ma demande est agréée par elle.

—Oh! oh! à son âge, une fille a encore longtemps pour penser au mariage: cependant elle me paraît bien hardie d'avoir osé déjà décider cette question.

—Rien, sans votre approbation, sir; elle n'a aucune pensée qui ne soit soumise à vos volontés.

—Le sort de ma fille est autrement fixé, répondit séchement Newcome.

Voyant cet homme acharné dans son implacable obstination, Allen se tourna vers Alice qui était restée la tête dans les mains, immobile comme la statue du désespoir.

—Vous avez donc été vendue à ce Français? lui demanda-t-il d'une voix amère, en dépit de ses efforts pour rester calme.