Le vent arriva à un degré de violence tel, que les grands arbres ployèrent comme des roseaux, et la terre se couvrit d'énormes branches fracassées qui volaient comme des brins de paille devant la tempête.

Un grand bruit, tout proche, annonça à la jeune fille qu'un arbre venait de tomber à proximité: en même temps surgirent des hurlements horribles.

—J'ai un bras cassé! vociférait Carnes; vous êtes donc aussi un bourreau, vous, fille d'assassin! puisque vous n'essayez même pas de me soulager en relâchant mes liens!

Alice, demi-morte d'épouvante, d'horreur, de froid, chercha à tâtons le prisonnier, ne rencontrant que des branchages aigus qui déchiraient ses mains et son visage; s'enchevêtrant dans les ronces avec ses vêtements inondés; perdant, l'un après l'autre, les pistolets et le couteau.

—Mon Dieu! mon Dieu! sanglota-t-elle; Allen ne reviendra donc jamais.

Cependant Carnes hurlait toujours; c'était une scène terrifiante que ce mélange d'éclairs, d'ombres, de tonnerre, de plaintes, de blasphèmes, d'averses ruisselantes, de rafales échevelées!

Aux clartés fulgurantes qui l'éblouissaient par intervalles, Alice distingua le prisonnier à moitié enseveli sous les branches, formidables débris d'un arbre gigantesque abattu par la foudre.

Elle s'épuisa en vains efforts pour relâcher les liens de Carnes, et lui procurer quelque soulagement: à peine pût-elle se dégager des lianes épineuses qui s'enlaçaient comme des serpents autour de son corps meurtri.

Enfin, épuisée, éperdue, elle tomba sans forces dans le sol fangeux et attendit avec une muette résignation.

Au bout de quelques instants elle entendit un bruit de voix, et des pas furtifs résonnèrent parmi les branchages; puis, d'horribles hurlements retentirent à ses oreilles, et des mains brutales la saisirent par les cheveux.