Comprenant que le moment décisif approchait et que l'heure de la dernière lutte n'allait pas tarder à sonner, don Melchior, qui, à cause de son âge et de son expérience, avait pris le commandement de la troupe, en fit deux parts: l'une qui resta placée sous ses ordres et dans laquelle demeurèrent l'inconnu, don Ramón et Cardenio; l'autre qui, après s'être emparée des chevaux abandonnés par les ennemis, et les avoir chassés dans la savane, alla, sous les ordres du Cœur-Bouillant, s'embusquer à cinq cents pas plus loin, en face de la première.
Pendant que ces divers mouvements s'exécutaient, les Indiens avaient fort à faire dans le bois où ils avaient cherché un refuge.
Il paraît que, malgré la réponse qu'il avait faite à Pedrillo, le commandant Edward's Strum avait changé d'avis; car à peine eût-il congédié le peon, qu'il donna l'ordre à un de ses officiers de se rendre en toute hâte au camp d'un régiment irlandais et à deux escadrons de dragons qui bivouaquaient à deux lieues en dehors de la ville de faire monter à cheval deux cents dragons, qui prendraient chacun en croupe un fantassin, et de revenir avec cette troupe le rejoindre à la maison du gouvernement.
Au bout de deux heures, l'officier était de retour, amenant les soldats.
Le commandant Strum, toujours maugréant, toussant et jurant, se mit à la tête de cette troupe d'élite et partit au grand trot dans la direction de l'habitation de don Melchior de Bartas.
Mais les nombreuses difficultés qu'il rencontra sur son chemin l'obligèrent à faire de longs détours, qui retardèrent sa marche, de telle façon que, malgré son vif désir d'arriver promptement au secours de don Melchior, le commandant n'atteignit l'habitation qu'une heure environ après le sanglant combat que nous venons de rapporter. Le planteur se préparait, à la tête de ses peones et des guerriers du Cœur-Bouillant, à se mettre à la poursuite des Sioux-Bisons qui, quoique vaincus et fuyant, avaient enlevé sa femme et sa fille.
Quelques mots suffirent pour mettre le commandant au fait des événements douloureux qui s'étaient passés.
Un conseil de guerre fut tenu séance tenante: l'on convint que don Melchior, à la tête d'une cinquantaine de cavaliers, partirait en avant-garde, et par le chemin le plus direct, à la poursuite des Peaux-Rouges, tandis que le commandant, avec les soldats, les peones et les autres guerriers du Cœur-Bouillant, qui lui serviraient de guides à travers la Leona, ferait un circuit, de façon à mettre les Indiens entre deux feux, et les rejoindraient sur les bords du Río Bravo del Norte, que les Sioux-Bisons seraient sans doute dans l'impossibilité de franchir à cause de l'épuisement de leurs chevaux.
Il fut convenu, en outre, que l'avant-garde n'engagerait, sous aucun prétexte, le combat avec les Peaux-Rouges avant l'arrivée des troupes américaines.
Puis, toutes ces précautions prises, on se mit en route, et la poursuite commença.