Une dizaine de peones seulement avaient été laissés pour garder l'habitation et protéger les femmes.

Toutes les prévisions du bourru, mais brave et expérimenté commandant, s'étaient, ainsi qu'on l'a vu, réalisées à la lettre.

Arrivé dans le bois où s'étaient retranchés les Sioux-Bisons, le commandant avait fait mettre pied à terre aux fantassins, puis le bois avait été cerné par les dragons et les Apaches.

Le commandant s'était alors placé résolument à la tête de sa troupe; il avait donné l'ordre aux tambours de battre la charge, et, sans se soucier de la fusillade furieuse de l'ennemi et des balles qui grêlaient autour de lui, il s'était lancé au pas de course vers le bois dans lequel il avait résolument pénétré.

Les Indiens, en se voyant si rudement assaillis, comprirent que toute résistance était impossible, et qu'ils étaient perdus; mais loin de les démoraliser, cette certitude ne fit, au contraire, qu'augmenter leur courage. Résolus à mourir, ils voulurent tomber bravement et les armes à la main. Aussi leur résistance fut-elle terrible, furieuse, désespérée. Ils ne reculaient que pas à pas, sans cesser une seconde de faire face à l'ennemi, courant de branche en branche sur les arbres, fusillant à bout portant les soldats américains, se laissant tomber sur eux, engageant des luttes corps à corps, et ne tombant qu'après avoir poignardé un ou deux ennemis.

Cependant, malgré des prodiges de valeur trop longs à répéter ici, contraints de céder au nombre, le moment arriva où ils atteignirent les derniers arbres du bois, et où il leur fallut combattre en rase campagne.

L'Oiseau-Noir groupa autour de lui les cent et quelques guerriers qui, seuls, restaient debout encore de toute sa troupe, poussa un cri de guerre d'une voix stridente, et s'élança hardiment dans la plaine.

Mais là les Apaches étaient embusqués. Au cri de guerre de l'Oiseau-Noir, le Cœur-Bouillant répondit par le sien. Don Melchior leva son épée; les cavaliers se ruèrent des deux côtés à la fois sur les Sioux-Bisons.

Mais ceux-ci avaient eu le temps de se masser et de former le cercle: ils reçurent bravement, et sans en paraître ébranlés, la double charge des cavaliers.

Le combat prit alors des proportions réellement épiques.