Don Melchior était étendu sur la terre, pâle, sanglant, mais calme et souriant.
Près de lui, l'inconnu et Cardenio étaient agenouillés, pansant les blessures qu'avait reçues le vieillard, sans songer à étancher le sang qui coulait de celles qu'ils avaient reçues eux-mêmes.
Don Ramón, le crâne fendu jusqu'à la mâchoire, gisait aux pieds de son maître, auquel, même après sa mort, il semblait vouloir faire un rempart de son corps.
En ce moment apparurent d'un côté le commandant Edward's Strum et ses officiers, de l'autre le Cœur-Bouillant qui amenait le missionnaire, doña Juana et Flora, que, le combat à peine fini, il avait en toute hâte été chercher dans leur abri.
Les deux femmes s'agenouillèrent en pleurant après du vieillard.
—Je suis bien malade, dit en souriant don Melchior; mais nous sommes vainqueurs des païens, et Dieu a permis que je vous voie une fois encore, vous tous que j'ai si tendrement aimés, toi, ma chère et dévouée Juana, et vous mes enfants adorés. Que la volonté de Dieu soit faite, que son saint nom soit béni!
—Vous ne mourrez pas, mon père! s'écria Flora avec un sanglot déchirant.
—Tu te trompes, enfant! Hélas, mon seul chagrin, à cette heure où tout me manque à la fois, est de vous laisser seules, isolées, sans un ami, sur cette terre d'exil!
Et il poussa un profond soupir.
Tandis que don Melchior parlait ainsi, le missionnaire avait visité et pansé ses blessures. Au dernier mot du planteur, il se releva, et, avec un sourire qui fit instantanément entrer la conviction dans tous les cœurs: