Quant à doña Incarnación, si je n'avais pas eu, à cette époque, des idées aussi arrêtées sur, ou plutôt contre le mariage, il est évident que j'en serais immédiatement tombé éperdument amoureux.
Seul, le colonel don Juan Palacios n'excitait pas en moi une aussi vive sympathie.
C'était, je l'ai dit, un fier et beau jeune homme, à la tournure martiale, à la physionomie douce et intelligente, dont les grands yeux noirs rayonnaient d'éclairs, et cependant, il y avait en lui un je ne sais quoi que je ne pouvais expliquer et qui me repoussait instinctivement.
Son regard, qui ne se fixait jamais, était presque insaisissable; une profonde ride s'était creusée entre ses sourcils; deux plis à demi dissimulés par sa moustache relevaient les coins de sa bouche et imprimaient à son sourire quelque chose d'amer et presque de cruel.
J'essayai vainement de combattre cette répulsion sans cause logique que me faisait éprouver la vue de ce jeune homme, mais ce fut en vain; je n'y pus parvenir.
Du reste, j'avais cru m'apercevoir, malgré les témoignages d'amitié et les offres gracieuses qu'il me prodiguait, que l'impression que j'avais faite sur lui ne m'était pas non plus favorable.
Nos deux natures étaient antipathiques.
Il était évident pour moi que, si nous ne pouvions être ennemis, jamais nous ne serions réellement amis.
Lorsque je descendis pour le dîner, je remarquai que don Juan était absent.
Un jeune homme nommé don Luis Gálvez le remplaçait.