Il ne me fallut qu'un coup d'œil pour reconnaître que don Luis Gálvez aimait doña Incarnación et qu'il lui faisait une cour assidue.

Quant à la jeune fille, il me fut impossible de deviner si elle accueillait favorablement les assiduités de don Luis.

Du reste, j'aurais vivement désiré qu'il en fût ainsi.

Jamais couple plus charmant et mieux choisi ne me sembla réunir toutes les véritables conditions de bonheur, soit au moral, soit au physique.

Don Luis Gálvez avait vingt-six ans; il appartenait à l'une des meilleures familles du Mexique; il était riche et jouissait de l'estime générale.

J'appris plus tard qu'il se destinait à la diplomatie. Il était même, je crois, question de l'attacher au consulat général du Mexique en Angleterre, poste fort honorable, mais qui ne semblait que médiocrement sourire au jeune homme, qui préférait de beaucoup rester à Mexico, pour des raisons qu'il se gardait d'expliquer, mais que ses regards ardents, incessamment fixés sur doña Incarnación, laissaient parfaitement deviner.

Le repas fut très gai, plein d'entrain et de laisser aller; il se serait sans doute prolongé pendant longtemps encore, si, tout à coup, nous n'avions été interrompus par les cris désespérés et les exclamations interminables des domestiques.

Dès le premier moment, don Diego n'attacha pas une grande importance à ces clameurs qui, pensait-il, ne pouvaient se prolonger fort longtemps; mais comme au lieu de cesser elles prenaient des proportions formidables, que des rassemblement nombreux se formaient dans la rue et que ces rassemblements devenaient menaçants, force nous fut de nous lever de table et d'essayer de connaître la cause de ce tumulte.

Cette cause, nous ne l'apprîmes que trop tôt, et le récit de ce qui venait de se passer nous frappa d'une épouvante et d'une stupeur indicibles.

La rue de Tacuba est une des grandes artères de Mexico; elle est très large, très belle, et habitée en général par la population riche de la ville.