II
A quelque vingt ou vingt-cinq kilomètres de Mexico se trouve une ville ou plutôt un gros bourg, qui ne se distingue en rien des autres centres de population de la République, ni par son commerce qui est mort, ni par aucune espèce d'industrie locale, et qui, cependant, malgré une population étiolée par la misère, des maisons tombant presque en ruines, des rues étroites, tortueuses et remplies d'une fange infecte, sort chaque année, à une certaine époque, de sa torpeur morbide, se réveille, se galvanise, pour ainsi dire, et devient, pendant quelques jours, plus animée et plus bruyante que la capitale de la République elle-même.
Il est vrai que ce réveil n'a qu'une durée de dix jours, mais pendant ces dix jours, la cité semble, comme Lazare, sortie du tombeau et ressuscitée à une vie essentiellement fiévreuse.
Cette résurrection commence pour cette ville fantastique tous les ans, le jour de la fête de son patron, Saint Augustin.
Ce jour-là, la population de Mexico, les riches comme les pauvres, émigrent en masse pour San Agostín (tel est le nom de cette singulière cité), à pied, à cheval, en voitures, et usant au besoin des moyens de locomotion les plus excentriques et les plus invraisemblables.
De trois ou quatre mille âmes qu'elle possède ordinairement, la population de cette ville s'élève tout à coup au chiffre effrayant de quatre-vingts et même cent mille âmes.
Le prix des logements monte à un prix fou; la vie matérielle y devient presque impossible; aussi, à moins de jouir d'une grande fortune, les étrangers qui affluent alors à San Agostín ont-ils soin de se munir de vivres pour le temps de leur séjour, et la plupart campent-ils en plein air sous des tentes, ou transforment-ils en maisons les voitures qui les ont amenés, et dans lesquelles ils dorment, mangent, et même reçoivent des visites sans le moindre embarras.
C'est que, pendant les dix jours qui suivent la fête de Saint Augustin, la ville devient littéralement un immense club.
Toutes les maisons s'ouvrent, et, du haut en bas, deviennent des montes en permanence.