Je m'en voulais de cette espèce de bouderie dont je m'étais rendu coupable, je ne savais pourquoi, et, deux ou trois fois, je fus sur le point de monter à cheval et d'aller rejoindre don Diego à San Agostín. Mais toujours une mauvaise bonté me retint, et je restai.

Le soir du second jour, après une longue promenade à l'Alameda et au Paseo de Bucareli, j'étais allé dîner dans un hôtel français, et, fatigué, ennuyé, ne sachant que faire, j'étais rentré chez moi vers neuf heures. J'avais ouvert ma fenêtre pour jouir de la fraîcheur de la nuit, et sans même allumer ma bougie, je m'étais étendu dans un fauteuil à disque où, tout en me balançant nonchalamment, et me laissant aller à mes pensées, j'avais fini par m'endormir.

Je dormais ainsi depuis environ trois quarts d'heure, comme je pus m'en rendre compte plus tard, lorsqu'il me sembla entendre un bruit de pas assez fort dans l'escalier. Je m'éveillai en sursaut, et j'écoutai.

Le bruit se rapprocha, et bientôt il fut évident pour moi que plusieurs hommes étaient arrêtés à quelques pas seulement de ma chambre. Des chuchotements assez animés me firent comprendre que ces hommes discutaient à voix basse.

—Je vous répète qu'il est parti, dit entre haut et bas une voix que je reconnus être celle de don Juan Palacios. Que ferait-il à Mexico, maintenant que tout le monde est à la feria de plata?

—C'est égal, cher ami, reprit une autre voix qui était évidemment celle de don Luis Gálvez, il vaut mieux nous assurer de son absence. Ce n'est pas un jeu d'enfant que nous faisons ici: une indiscrétion nous perdrait.

—C'est vrai, repartit don Juan, mais j'ai remarqué que le français laisse toujours sa clef sur sa porte et elle n'y est pas.

En effet, contre mon habitude j'avais, ce soir-là, retiré machinalement la clef de la serrure.

—Cela est un indice, répondit assez vivement don Luis, qui me parut être un gaillard assez difficile à convaincre; mais comme deux preuves valent mieux qu'une, vous me permettrez, n'est-ce pas, de m'assurer par moi-même de ce qui en est.

Et sans attendre de réponse, le jeune homme se mit à heurter assez rudement à ma porte, en me criant du ton le plus amical: