Le premier décret que signa le nouveau gouvernement fut celui par lequel il reconnaissait à Comonfort le grade de colonel que celui-ci s'était octroyé de son autorité privée.
On comprend sans peine qu'un homme qui débutait ainsi dans la carrière militaire devait aller loin.
Ce fut, en effet, ce qui arriva, et, quelques années plus tard, le général Comonfort devenait, à son tour, président de la République.
Cette piquante anecdote m'avait été racontée par le colonel Palacios, avec cette raillerie mordante et spirituelle que possèdent si bien les Mexicains, deux ou trois jours après mon installation chez son père.
Les révolutions avaient pu faire de Comonfort un président de la République, mais il leur avait été impossible d'en faire un lettré.
Il savait à peine signer son nom.
Voilà pourquoi il lui était presque impossible de se passer de son secrétaire particulier. Du reste, il est juste d'ajouter que, malgré tous ses ridicules, Comonfort était un galant homme, et surtout un honnête homme dans l'acception véritable du mot, ce qui est fort rare au Mexique, et que, quoique président, il était assez aimé de ceux qu'il gouvernait tant bien que mal.
J'étais donc resté seul, ou à peu près dans la maison de la rue de Tacuba. Un vieux peon presque idiot et plus qu'à moitié aveugle avait été chargé de veiller sur la maison.
Ce peon me croyait parti avec ses maîtres, et ne s'occupait pas de moi. Mon hôte m'avait confié un passe-partout au moyen duquel j'entrais et je sortais, sans être remarqué.
Les deux premiers jours que je passai, ainsi abandonné à moi-même, furent pour moi, je dois l'avouer, d'une longueur interminable. Je m'étais accoutumé au charmant babil de doña Incarnación, ainsi qu'aux gracieuses attentions de sa mère, et plus que tout, à la franche jovialité de mon hôte.