L'histoire de ses débuts dans la carrière militaire était surtout fort amusante. La voici en deux mots; je la donne pour ce qu'elle vaut, et sans prétendre, bien entendu, m'en faire l'éditeur responsable:
Le père de Comonfort était tailleur sous les portales; sa clientèle se composait presque entièrement d'officiers.
Un jour, le brave homme chargea son fils, dont il avait fait son associé et qui avait alors vingt-cinq à vingt-six ans, d'aller porter à un certain colonel qui, paraît-il, en avait un extrême besoin, un uniforme de grande tenue qu'il venait de terminer.
Le jeune Comonfort confia le paquet aux mains d'un peon qui se dirigea vers la maison du colonel.
Mais à peine le jeune homme eut-il mis le pied dans la rue, qu'il s'aperçut qu'une surexcitation extraordinaire régnait dans la ville. Disons le mot, le peuple mexicain, assez calme depuis environ trois mois, et qui sans doute se fatiguait d'une si longue inaction, était tout simplement en train de faire un pronunciamiento contre le général Bustamente, en ce moment président de la République.
Mais, soit que les mesures des révoltés fussent mal prises, soit qu'ils ne fussent pas assez nombreux ou peut-être parce que leurs projets avaient été révélés au président, Comonfort remarqua qu'ils étaient rudement ramenés par les troupes restées fidèles à leur devoir et que leur coup de main était manqué.
Alors une idée qui ne pouvait venir qu'à un Mexicain traversa subitement la cervelle du jeune tailleur.
Il arracha des mains du peon l'uniforme que celui-ci portait, entra dans la cabane d'un evangelista ou écrivain public; en un tour de main il se débarrassa de ses habits, endossa l'uniforme du colonel qui, par un hasard singulier, se trouva lui aller comme s'il eût été fait pour lui, puis enfonçant d'un coup de poing son chapeau sur sa tête et dégainant son épée, il s'élança au dehors en criant:
A bas Bustamente! Vive la République! etc., etc.
Les révoltés, qui se considéraient comme perdus, électrisés par cette intervention subite d'un officier supérieur qu'ils ne connaissaient pas, à la vérité, mais dont l'uniforme était tout flambant neuf, reprirent courage, revinrent à la charge, et bref, firent si bien, que le soir même le président Bustamente était chassé de la ville, un gouvernement provisoire proclamé, et la révolution faite.