Et en même temps je déchargeai ma carabine et mes pistolets au milieu du groupe le plus épais des lanciers. Alors il se passa une chose étrange.

Les assaillants, persuadés qu'un renfort arrivait effectivement à l'escorte de la conducta, se mirent à fuir dans toutes les directions, tandis que l'alférez, craignant sans doute un retour offensif de ses mystérieux ennemis, donnait l'ordre aux arrieros de monter sur leurs mules et s'éloignait aussi rapidement que possible.

Quant à moi, je continuai ma route en riant sous cape de l'espièglerie que j'avais commise, bien que très intrigué des suites que pourrait avoir cette échauffourée, et deux heures plus tard j'arrivais à San Agostín. Je trouvai la ville illuminée, aussi vivante et aussi bruyante qu'en plein jour. La nouvelle de l'attaque de la conducta s'était répandue, et chacun félicitait l'alférez de sa belle conduite: lui seul était triste et hochait la tête à chaque compliment qui lui était adressé. Le pauvre jeune homme craignait d'avoir commis une faute grave en remplissant si strictement son devoir.

Don Diego fut tout joyeux de mon arrivée, à laquelle il était loin de s'attendre, et me reçut à bras ouverts.

Au lever du soleil, un peon expédié par don Juan Palacios arriva porteur d'une triste nouvelle.

Vers onze heures et demie du soir, en sortant du palais du gouvernement, le colonel avait été attaqué, sur la plaza mayor même, par des voleurs dont il avait réussi à se débarrasser, il est vrai, mais non sans avoir reçu un coup de poignard dans la poitrine. Heureusement l'arme avait glissé sur les côtes et n'avait fait qu'une longue plaie ressemblant assez à un coup de sabre, mais peu profonde. Seulement cette blessure empêchait, à son grand regret, don Juan de se rendre ainsi qu'il l'avait promis à la feria de plata.

J'étais là lorsque le peon arriva. Ce coup de poignard ressemblant à un coup de sabre me parut assez singulier, reçu surtout la nuit même où avait eu lieu l'attaque de la conducta.

Seulement je gardai mes réflexions pour moi, et je parus aussi affligé que don Diego lui-même.


III