Don Juan paraissait calme, souriant, presque gai; jamais je ne lui avais vu autant de laisser-aller et de désinvolture; il semblait complètement étranger à cette affaire, et si parfois on en parlait devant lui, il répondait d'un air narquois que les juges jouaient une comédie fort habile et que tout cela finirait évidemment par s'arranger.

Cette assurance ne se démentit pas une seule fois, pas même lorsque les accusés reconnus coupables furent condamnés à mort.

Quant à ceux-ci, ils écoutèrent leur sentence le sourire sur les lèvres, saluèrent gracieusement le tribunal et rentrèrent dans leur prison en causant tranquillement entre eux.

L'exécution des condamnés devait avoir lieu le vendredi suivant, c'est-à-dire trois jours juste après le prononcé de la sentence, par le garrote vil, à midi précis, sur la place de Santiago.

Dieu m'est témoin que je n'aime pas les exécutions; je suis un ennemi acharné de la peine de mort, qui m'a toujours semblé être plutôt une vengeance juridique qu'un exemple. Cependant, cette fois, j'éprouvai une invincible curiosité d'assister à cette sinistre cérémonie.

L'attitude narquoise, railleuse et hautaine du colonel Palacios prenait à mes yeux toutes les proportions d'une menace, et, sans en prévenir mon hôte, je louai fort cher une fenêtre de laquelle je verrais tout à mon aise ce qui se passerait.

Un secret pressentiment me soufflait à l'oreille qu'il se passerait quelque chose.

Les condamnés étaient en capilla depuis la veille dans le couvent de Santiago, où ils avaient été renfermés aussitôt après leur condamnation.

Au premier coup de midi, les portes du couvent s'ouvrirent, et le funèbre cortège parut. Nous ne le décrirons pas. On connaît l'appareil imposant que déploient les Espagnols dans ces circonstances, car les Espagnols sont grands amateurs de spectacles.

Faute d'une course de taureaux, une exécution capitale est pour eux une fête pleine de charmes. Le principal, c'est que le sang coule et que les condamnés acceptent gaillardement la mort.