La place était littéralement pavée de têtes.

Les assassins sortirent du couvent le front calme, le visage souriant, fumant leurs fines cigarettes de maïs et saluant d'un air protecteur les nombreuses personnes de connaissance qu'ils apercevaient dans la foule.

C'était charmant.

Aussi la foule enthousiasmée accueillit-elle avec les plus chaleureux bravos ces trois misérables, qui semblaient s'étudier à faire de leur ignominie un triomphe.

Ils n'étaient plus qu'à quelques pas à peine de l'échafaud, quand tout à coup la foule oscilla sous une pression puissante, mais invisible encore.

Soudain, elle se sépara brusquement au milieu des cris et des imprécations de colère et de douleur, et une centaine de cavaliers armés jusqu'aux dents et le visage caché sous des masques noirs, conduits ou plutôt guidés par une espèce de fantôme sinistre et complètement méconnaissable, se ruèrent avec une irrésistible puissance sur l'échafaud.

Il y eut alors une lutte affreuse, terrible, de deux ou trois minutes, lutte pendant laquelle il fut impossible de rien distinguer, puis les mystérieux salteadores tournèrent bride et s'éloignèrent avec une rapidité vertigineuse.

Lorsque les soldats commis à la garde des condamnés, un peu remis de leur terreur, cherchèrent ceux-ci, ils s'aperçurent avec stupeur qu'ils avaient disparu.

On ne les revit jamais.

Ce qu'ils devinrent et comment ils réussirent à échapper à toutes les recherches, ceci demeura constamment à l'état de problème.